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Historique du rire organisé en entreprise - Pyramide du rire

Jusqu'aux années 50, les moments de rire organisés, fêtes d'entreprise, journées festives, activités ludiques en équipe, étaient clairement dissociés des périodes de travail. Ces moments de détente se méritaient après le labeur ou un objectif atteint. "Tu joueras quand tu auras fini de travailler". Nous avons été éduqué ainsi. Puis, dans la deuxième moitié du 20ème, d'abord dans les pays anglo-saxons, rire et amusement ont été considérés comme moyen de consolider l'esprit d'équipe, et indirectement d'augmenter la productivité.

Les formations Team-Building se sont multipliées jusqu'en France, Suisse, Allemagne à partir des années 70. Elles se déclinent dans une grande variété de styles, allant de la virée dans la nature avec toute l'unité, jusqu'aux séminaires ludiques en salle avec invitation d'artistes pour égayer les cadres supérieurs. Depuis les années 80, l’entreprise peut utiliser dans ses journées festives une formule hybride: un animateur externe est mandaté pour réaliser un spectacle avec les employés. Pour exemple, le théâtre d’entreprise lancé en France par l’association Bataclown en 1984. Et dernier-né dans les années 2003: · le Yoga du rire, pour stimuler la bonne humeur collective, éventuellement à saupoudrer de danse, clownerie et ludisme pour faciliter l'effervescence.

Aujourd'hui, réside donc des choix incombant à la direction : ces moments de pause à caractère plus on moins culinaire, festif ou bavard sont-ils à laisser sauvage, à nourrir de finances, à orienter amusement ou rire ? Quelle que soit la politique adoptée, elle a un impact manifeste sur l’atmosphère de travail vécue au quotidien.

 

Le rire au quotidien vu depuis la Pyramide du Rire d'Entreprise

Il s'agit de celle qui régule les flux de joie, et fait la pluie et le beau ton dans les échanges sur la place de travail.

En milieu professionnel, le rire devrait être l'affaire de tous car chaque employé retire d'une meilleure ambiance de travail des bénéfices au moins au niveau de sa santé. Vouloir déléguer le comique et la gaieté qu'aux employés excentriques ou aux amuse-gueules est une forme de désengagement qui fragilise la bonne ambiance.

Cependant, atteindre tous activement le "Nirvana hilare" régulièrement dans la semaine, nécessite de se familiariser aux mécanismes de la dynamique joyeuse en terrain de compétition. Nous connaissons déjà intuitivement quelques règles :

  • Plus le nombre de voyeurs est grand moins on a envie de dire une bêtise.
  • Quand un chef raconte une blague, on a tendance à rire pour lui faire plaisir.
  • Quand un employé raconte une blague dans une équipe on peut rire non seulement parce qu'elle est drôle mais aussi car on est soulagé de l'avoir comprise, on montre ainsi qu'on est intelligent comme les autres.


Au-delà de ces comportements plus ou moins conscients, une observation plus approfondie de la circulation des hahaha dans les unités nous montre qu'il existe au moins quatre hiérarchies qui influencent considérablement la bonne humeur sur la place de travail:


1. Les Blagueurs

Dans notre société qui valorise la performance mentale, ceux qui tiennent le haut du pavé en matière de communication ont cette vivacité d'esprit leur permettant de sortir un jeu de mots en toute occasion. Voyons les conséquences sur l'ambiance.

Effets positifs :
Quand ils lancent une plaisanterie qui soulage du stress et des prises de têtes. Lorsque sur leur exemple, nous sommes encouragés à défouler nos tensions par des retournements de phrases. Les meilleurs de ces humoristes sauront calmer un conflit en lâchant au bon moment et avec sensibilité la petite réplique amusante qui renverra les protagonistes du conflit à l'absurdité de leurs colères.
Ces "rigolos" ont un pouvoir positif sur le rire groupal, surtout quand ils laissent un espace verbal aux plus timides, agrémenté d'encouragements, pour qu'ils viennent les rejoindre à un niveau intermédiaire de la répartie. Le groupe n'en sera que plus accueillant aux nouveaux venus. Ils y observeront que chacun a régulièrement un moment d'écoute pour que, dans son propre style, il s'essaye à blaguer pour amener la bonne humeur. A noter que dans les apéros, les repas ou les fêtes d'entreprise, vous pouvez jouer au " coach rire". Votre tâche première sera de distinguer les comiques qui s'exposent volontiers, des employés les plus effacés. Puis, de temps en temps, vous tenterez de calmer la fougue verbale des premiers, et de réveiller l'humour des seconds. Il existe toujours une ambiance médiatrice où tous osent s'aventurer dans les sornettes inoffensives.

Effets négatifs :
Quand ces humoristes s'acharnent sur un employé en usant de moqueries à répétition, cette forme sordide de mobbing par l'humour, sous le couvert de la convivialité.
Quand ils nous énervent par leur matraquage de jeu de mot, dans le but, soit de se valoriser en toute occasion, soit d'éluder un thème embarrassant en le malmenant par la dérision.

2. Les Joyeux démonstratifs

Les tempéraments joyeux communiquent aisément leur bonne humeur par leur expressivité spontanée et leur contact chaleureux. Qu'ils s'agissent de rires, sifflotements, visages lumineux, ils n'ont nul besoin de l'humour pour stimuler une équipe. Ceux qui occupent le sommet de l'échelle viennent pour la plupart des pays du Sud.

Effets positifs :
Quand, à leur contact, ils nous déconnectent facilement des processus mentaux, du langage formel. Car par un mot si simple, un toucher chaleureux, ou un rire inépuisable, ils nous chatouillent l'enfant joueur qui ne demande qu'à s'évader des structures.

Effets négatifs :
Quand ils fustigent les employés à la mine plutôt fermée, jugent ceux au rire discret, se désespèrent des visages impassibles dans les échanges joyeux. Lorsqu'ils forment leur clan pour se distinguer de ces autres à l'expressivité plus réservée.


3. Le pouvoir officiel

La direction et les cadres ont bien entendu un pouvoir prépondérant sur l'ambiance de travail qui est à proprement parlé, une composante intégrante de la culture d'entreprise. Or, l'atmosphère de travail est une notion intimidante. Dans le panier de crabes cela frétille de partout. Dans les grandes entreprise, personne n'est en général tenu pour unique responsable de la bonne ou mauvaise ambiance. Les responsabilités sont diluées dans toute la pyramide.

Effet positifs :
Quand direction et cadres apportent grands soins et bonnes finances aux rencontres informelles des équipes, surtout dans ces moments privilégiés où l'employé est momentanément libéré de la pression du temps et des interfaces technologiques, notamment lors de la fête de fin d'année. En outre, dans un bain de bonne humeur, qu'il s'agisse d'une fête d'entreprise ou d'un séminaire ludique, la présence des cadres parmi les subalternes est souhaitable. Leur participation dans le risque comique aura pour effet de les humaniser, de les rapprocher de la base au-delà du formalisme. Cet acte de bravoure facilitera par la suite la gestion des conflits par l'entente implicite plutôt que par des mesures radicales. Il est aussi nécessaire que les cadres encouragent ouvertement la communication informelle détendue non seulement par des mesures au niveau de l'infrastructure (tableau d'affichage de gags, la blague de la semaine, mobilier ludique...) mais par reconnaissance envers les humoristes et les joyeux éléments, qu'ils le soient par tempérament ou effort. En l'occurrence, je pense à des compliments bien sonores lors des réunions.


Effets négatifs :
Quand les cadres adoptent une politique laxiste face à l'utilisation par certains employés du rire, de l'humour et de l'amusement à des fins malveillantes. Par exemple, usage de moqueries, rumeurs malsaines ou médisances sur un employé qui tente à sa façon d'agrémenter l'équipe.

4. Le pouvoir caché

Toute entreprise a ses chefs de meute passés maîtres dans l'art d'exercer leur pouvoir relationnel depuis l'ombre (circulation d'informations officieuses, de rumeurs, pilotage de réseaux …). A proprement parlé, quoique cachés, ces chefs de clan peuvent aussi avoir une influence positive sur l'ambiance mais ils sont un peu farouches au contact direct. Ils préfèrent manipuler du haut de leur sous-sol. À ce propos, me viennent deux images.

Effets positifs :
Quand ces chefs de meute au pouvoir caché entrent dans la lumière, participent aux activités informelles joyeuses, s'impliquent à la vue de tous par des plaisanteries innocentes, s'essayent à la facétie collective.

Effets négatifs :
Lorsqu'ils salissent l'image d'un employé qui s'est un peu "lâché" pour amuser l'équipe, par exemple, en lui attribuant un surnom dévalorisant.

 

Dessine-moi la pyramide du rire de ton entreprise !

Rassemblons les 4 faces de ces hiérarchies. Nous obtenons la Pyramide du Rire d'Entreprise (concept développé par l'association Karaclown). Cette pyramide détermine l'essentiel de l'ambiance de travail. Tous les employés ont naturellement un pouvoir sur elle, cependant, ceux situés au sommet des quatre faces disposent d'un grand potentiel d'influence, dans un sens ou l'autre. Ce n'est pas à eux à prendre en charge toute l'ambiance mais à servir, si nécessaire, de catalyseur pour instituer un nouvel équilibre plus joyeux où tous ont leur part de responsabilité à son entretien.

Quand on me mandate pour tenter de souder une équipe par l'amusement, lors d'une fête d'entreprise ou d'un stage, plutôt que d'apporter du rire extérieur à l'entreprise à l'aide d'artistes professionnels, je demande à être assisté par ces employés du sommet de la pyramide. Mettre en avant le rire interne, les ressources joyeuses plus ou moins développées dans toute culture d'entreprise.

Dans un séminaire de rire ou fête d'entreprise, la progression de l'amusement dépendra du profil des participants, de leur envie, de l'ambiance sur la place de travail, et bien sûr de l'animateur, qui ne devrait pas se prendre trop au sérieux. Le but premier reste de s'amuser intensément et spontanément ensemble, pas de se forcer à être joyeux. A l'animateur de construire un cadre sécurisant et des exercices bien réfléchis qui auront pour but d'encourager la circulation des flux de "bêtises bienfaisantes" à travers toutes les strates de la Pyramide, ainsi que d'une face à l'autre. Par exemple avec des jeux respectueux mais dynamiques, mélangeant cadres, joyeux employés, humoristes et chefs de meute.

Et cela vaut la photo. Les plus chanceux d'entre vous ont peut-être déjà vécu un enthousiasme collectif délirant à plus d'une dizaine où tous sans exception se sont fait remarquer par leurs facéties en moins d'une heure.

Mon métier nous offre ces merveilleux moments. Séminaires de rire, fête d'entreprise ou apéros: des êtres engagés ensemble, indifférenciés dans le bain du comique, secoués par un fluide de bêtises vitalisantes qui rebondit de faciès rieurs en corps gesticulants.

Quand le ridicule si intimidant devient communion relationnelle

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