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Rire avec les personnes en institut à mobilité fortement réduite (handicap lourd)

Les thèmes à plaisanterie

Pour les personnes avec handicap (résidants) qui ont vécu la plus grande partie de leur existence en institut, leur univers émotionnel se rattache au personnel, aux autres résidants, aux accessoires (chaise roulante, béquilles...) ainsi qu'à l'infrastructure présente dans le bâtiment (ascenseur, tables, chaises, couverts ...). Cet univers est peu dynamique. Les journées sont programmées, les repas et les soins du corps suivent un rythme quasi immuable. Et là ... le rire peut tout agrémenter.

Les individus rieurs gagnent en chaleur humaine, des liens se nouent, les activités de rééducation parfois pénibles passent plus facilement avec la plaisanterie, les chaises roulantes et accessoires de soutien sont mieux acceptés quand le personnel et la personne avec handicap peuvent les utiliser de façon saugrenue et en rire ensemble.

En conséquence, les thèmes à plaisanterie sont plutôt à rechercher dans les personnes et objets avec lesquels la personne avec handicap interagit quotidiennement. Il faut cependant tenir compte de la charge émotionnelle attachée à ceux-ci. Essayer de le faire rire sur un thème qui lui est indifférent (p. ex. la blouse blanche du personnel, faible charge émotionnelle) demandera un gros effort de créativité (p. ex. coller sur la blouse des autocollants humoristiques). A l'opposé, vouloir rire avec lui sur un thème pénible (p. ex. sa relation de dépendance vis-à-vis du personnel, forte charge émotionnelle) pourrait être considéré comme une moquerie. En fait, le rire se déclenche quelque part entre l'indifférence et la souffrance. A ces deux extrêmes, on ne rit pas. Trouver des thèmes risibles à faible risque revient donc à inventorier dans son environnement tout ce qui a une charge affective moyenne.

Voici deux exemples, à ne pratiquer qu'après avoir évalué cette charge affective :

- Les habitudes du personnel. Avec un collègue et devant le résidant, chacun à tour de rôle, caricaturez la façon dont l'autre s'occupe de la personne avec handicap. Vous essayerez d'imiter la voix de votre collègue, ses gestes, ses habitudes. Attention: pas de voyeur pour éviter les moqueries dans le personnel. Ce qui fait rire? Les actions routinières qui sont revisitées avec maladresse par une autre personne.

- Le sérieux du personnel. Avec un collègue et devant le résidant, vous sortez de votre poche un nez rouge et vous demandez à votre collègue de le porter. En fait, c'est votre complice, il a le rôle du faux timide, celui qui veut rester sérieux. Il fera semblant de refuser, tout choqué. Vous insistez gentiment, il se débat. Finalement vous le portez et vous faites des grimaces pour lui montrer que ce n'est pas compliqué. Proposez aux autres collègues de faire la même chose pour montrer à votre complice que ce n'est pas dangereux. Peut-être même que le résidant voudra essayer. A la fin du jeu, votre collègue se décide à le porter dans les applaudissements. Ce qui fait rire? Le contraste exagéré entre la retenue et le divertissement.

Ces deux exemples ne sont naturellement pas à singer. Ils peuvent aussi paraître choquants pour ceux qui n'ont jamais travaillé avec des personnes avec handicap. En fait, derrière la plaisanterie, il y a la volonté de sortir de la relation soignant-soigné pour aborder une communication sur un pied d'égalité. Plus encore, au-delà des mots, le plus important est une attitude détendue, un ton de voix agréable, une gestuelle amusante et un regard complice. Et surtout, être en permanence attentif aux expressions du plaisir et du déplaisir de votre interlocuteur. En d'autres termes, ceci revient à trouver le style dans lequel vous êtes le plus à l'aise, vous serez alors d'autant plus réceptif à l'autre.

Inutile de faire sophistiqué, les objets simples peuvent être source de fou-rire du moment que vous les reconsidérez avec le résidant sous un éclairage original avec innocence, voire avec maladresse feinte.


Moquerie ou esprit d'équipe ?

Vous l'aurez deviné, plus on est nombreux à se prêter ensemble au jeu, plus le rire est nourri par les différentes idées des intervenants. Par contre, la probabilité est aussi plus grande que le lendemain un collègue se moque de vous après vous avoir vu faire le pitre. Ceci risque de vous contrarier. En effet, vous désirez volontiers faire de temps en temps le ou la comique mais pas forcément passer pour un(e) rigolo devant tout le monde ou dans certaines situations. Vouloir faire rire, c'est prendre un risque qui pourrait compromettre votre image professionnelle. Là-dessus, il faut être ferme et sûr de vous. Rire, d'accord mais dans un certain cadre et sous certaines conditions. Aventurez-vous d'abord en compagnie de personnes de confiance.


A proprement parlé, il n'est pas difficile de faire rire une personne avec handicap qui vit en institut. Le rire et l'humour y ont lieu de façon plus ou moins marginale grâce notamment à des employés rigolos ou excentriques qui apportent la bonne humeur. La difficulté est de convaincre les responsables de ces établissements que d'une part, s'ils favorisent officiellement le rire et les animations hilarantes, c'est au bénéfice des résidants et de l'esprit d'équipe entre employés, d'autre part, que s'ils valorisent les employés qui font rire (compliments, reconnaissance, voire augmentation) ceux-ci seront moins sujets aux moqueries de leurs collègues car bénéficiant d'un soutien de la direction.

Repérer les expressions du plaisir

Voici un fait déjà acquis pour la plupart d’entre nous: ne pas exprimer une joie ne signifie pas pour autant que l’on n’ait pas de plaisir. Et que reflète une discrète expression du plaisir, tel qu'un léger sourire? Un gros rire bien sonore peut révéler une tristesse sous-jacente, alors que ce sourire à peine discernable peut laisser deviner un magnifique bonheur. Décoder une expression de plaisir n’est donc pas toujours simple.


Autre difficulté, selon la motricité des muscles du visage, l’expression du rire ou du sourire n'est, dans certains cas, pas identifiable. L'aide-soignant devra donc se baser sur d'attentives observations pour conclure que la personne avec handicap éprouve un plaisir exprimé par un équivalent de notre rire ou sourire:

  • Mouvements de certaines parties du corps (bras, pied…)
  • Fréquence et rythme de la gestuelle (battements, convulsions, …)
  • Voix (vers les aigus, timbre spécifique, ...)
  • Contenu verbal (mots clé relatifs à un vécu agréable, …)

Il est important que le résultat de ces observations, souvent effectuées implicitement par le personnel, soit explicitement communiqué au service animation de l'institut, ou mieux, figurent dans le dossier du résidant. Cette procédure permettrait de mieux cibler les activités qui génèrent du plaisir.

Les moyens à disposition

Tout le monde pleure de ne pas avoir assez d'argent. Cela tombe bien, le rire c'est gratuit ! Et on pleure moins avec ça !

Un principe économique : priorité à ce qui peut être bricolé en institut. Exemple: rire grâce au clown et personnages de carnaval. Plutôt que de faire faire aux résidants des travaux de déco, encouragez-les à concevoir des habits ou accessoires qu'ils peuvent mettre sur eux ou sur le personnel. A noter que si vous laissez le personnel faire leur propre habit, ils confectionneront quelque chose qui leur va bien. Or, le but n'est pas de resplendir mais d'avoir l'air bête ensemble dans le rire. Dur, dur, n'est-ce pas? Surtout rien de sérieux, pas de couleurs sombres. A bannir: le noir, bleu foncé, brun et gris. La fête commence dans une préparation colorée. Chacun jubilera déjà à l'idée d'imaginer l'habit qu'il réservera à l'autre.

Les articles de clown tels que nez rouge (Frs. 3.- pièce) ou chapeau (Frs. 10.- pièce) changent déjà radicalement l’allure de quelqu’un. Vous pouvez les acheter et les compléter avec des perruques fabriquées dans l’institut. Arrangez-vous pour que tout ce matériel tienne l'année. Le rire ne dépend pas vraiment des coûts, ce qui vous coûtera par contre une énergie folle, c’est de vaincre votre honte.

Bonne chance!

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