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Dr Henri Rubinstein, neurologue, a publié
en 1983 un best-seller qui n'a pas pris une seule ride : La Psychosomatique
du Rire - Rire pour guérir », Robert Laffont 2003. En voici
un extrait tiré du rapport Premier
Symposium Européen Rire et Santé 2004:
"Il me semble utile d’exposer brièvement ce que nous
savons de la neuro-physiologie du rire et de l’humeur pour tenter
de démontrer les relations étroites qui existent entre
le rire, la qualité de la vie, le vieillissement et la longévité
des individus. (…)
Il faut se représenter le système nerveux autonome comme
un système instable comprenant deux sous-systèmes (sympathique
accélérateur et para-sympathique freinateur) qui sont
en permanence à la recherche d’un équilibre. Cet
équilibre, que l’on assimile à la santé,
c’est à dire au “silence des organes” est fragile
et constamment menacé; en particulier, toutes les situations
dites de stress vont stimuler le système sympathique accélérateur
alors que les situations de relaxation vont favoriser le système
para-sympathique freinateur. Il importe de savoir que les mécanismes
du rire participent presque exclusivement du système para-sympathique
dont l’activité anti-stress se manifeste, entre autres,
par la contraction des pupilles, l’augmentation des sécrétions
gastriques, le ralentissement du rythme cardiaque, la dilatation des
artères, la détente musculaire...
Cette rapide description des structures intervenant dans le phénomène
rire permet d’en comprendre les effets physiologiques positifs,
voire d’en proposer l’exploitation thérapeutique
systématique.
En effet, le rire est d’abord un exercice musculaire, puisqu’il
mobilise la plupart des muscles de l’organisme, depuis la face
jusqu’aux membres, en passant par le diaphragme et les muscles
abdominaux. Le travail musculaire est un besoin qui stimule toutes les
fonctions vitales et le rire constitue un exercice musculaire à
la fois doux et profond, facile à mettre en oeuvre en beaucoup
d’occasions. Ce véritable jogging stationnaire, doux et
modéré, convient à tous et sans doute aux personnes
âgées dont les possibilités sont réduites
en matière de gymnastiques traditionnelles.
Ensuite, le rire est une technique respiratoire, un moyen agréable
de réaliser naturellement des exercices respiratoires utiles.
Le rire qui associe une inspiration ample et brève, une pause
respiratoire et une expiration longue et saccadée rejoint les
techniques de contrôle du souffle chères au yoga. La gymnastique
respiratoire influence favorablement bon nombre des paramètres
de la santé. Grâce au brassage des viscères par
les muscles abdominaux et thoraciques, à la dépuration
de l’organisme par l’oxygène, les fonctions intestinales
et hépatiques sont améliorées, l’appareil
cardio-vasculaire se régularise, le rendement intellectuel augmente,
nervosité et insomnies diminuent.
Surtout, le rire libère les endorphines cérébrales
en stimulant la production cérébrale de catécholamines,
qui sont les hormones de l’éveil et préparent l’organisme,
en le mettant en état d’alerte, à répondre
aux agressions. En retour, les catécholamines combattent les
phénomènes inflammatoires et augmentent la production
d’endorphines qui agissent contre la douleur, diminuent l’anxiété
et régularisent l’humeur. Le rire constitue un stimulant
psychique en construisant une barrière morale d’optimisme
qui développe la faculté de réagir. Véritable
désintoxication morale aussi bien que physique, le rire combat
les petites dépressions, les inquiétudes et les angoisses
de la vie quotidienne. L’état d’alerte, lié
à la production accrue de catécholamines, augmente l’attention,
les possibilités intellectuelles et la vitesse d’exécution
des tâches. Dans son action sur le système neurovégétatif,
le rire, après une phase d’alerte brève, se caractérise
par une phase longue et durable, à prédominance para-sympatique,
au cours de laquelle s’effectuent de façon évidente
la réduction des effets nocifs du stress. Le rire régularise
le sommeil, améliore ou supprime l’insomnie en épuisant
la tension interne et en “purgeant” le système adrénergique
d’éveil, laissant place à l’action de la sérotonine
dont on sait qu’elle contrôle en partie les mécanismes
du sommeil.
Nous pouvons extrapoler ces quelques notions physio-pathologiques au
phénomène du vieillissement. Il est dû à
des causes multiples, dont la principale est un dessèchement
des cellules de l’organisme qui n’éliminent plus
les toxines qui s’accumulent dans les tissus. L’activité
cellulaire diminue, elles sont envahies de tissu conjonctif et deviennent
plus fragiles. Elles n’assimilent plus, ou mal, les produits du
milieu intérieur, leur équilibre physico-chimique s’altère,
leurs capacités de synthèse des neuromédiateurs
décline. L’appareil respiratoire diminue sa consommation
d’oxygène par réduction des mouvements thoraciques.
La fonction d’élimination des reins se ralentit, les organes
sexuels cessent peu à peu leurs sécrétions hormonales,
le système cardio-vasculaire diminue son activité, les
fonctions cérébrales se sclérosent. À côté
de cette extinction progressive d’un organisme fatigué,
comme une bougie qui s’éteint en fin de combustion, existent
de nombreuses maladies qui raccourcissent parfois dramatiquement l’espérance
de vie ou en détruisent la qualité. Les maladies cardio-vasculaires,
les cancers, les maladies de la mémoire constituant, en Occident,
les principales causes de décès et d’handicaps plus
ou moins précoces.
Dans la mesure où les principaux facteurs de risque des infarctus
du myocarde ont été identifiés (obésité,
diabète, hypertension artérielle, hypercholestérolhémie,
stress, manque d’exercice physique), il est clair que le rire
est une arme de choix, par exemple en faisant baisser la tension artérielle.
Pour aller plus loin à propos de la notion de stress, je rappelle
l’opposition classique entre les personnalités de type
“A”, caractérisées par le sérieux,
l’agressivité, l’exposition au stress, l’impatience,
l’activité débordante, et celles du type “B”,
chez qui le sens de l’humour permet de réduire la colère,
l’anxiété et l’agressivité. Le goût
et le plaisir du rire sont l’apanage du type “B” et
il n’est pas abusif de penser que faire rire les individus du
type “A” peut contribuer à leur apprendre les vertus
salutaires du groupe “B”. Si les stress, de toutes natures,
favorisent et accélèrent le vieillissement et sont à
l’origine de manifestations pathologiques telles que les ulcères
à l’estomac ou les infarctus du myocarde, le rire sera
une façon simple de diminuer les tensions, de prendre plaisir
à son travail, d’équilibrer son activité
entre sport, activités professionnelles, loisirs, vie affective
et donc de vivre mieux - et plus longtemps - que ceux qui ne connaissent
que frustrations et contraintes.
Bien que controversé, le rôle du stress dans l’apparition
de certains cancers reste une hypothèse sérieuse à
prendre en considération . Dans cette optique, il semble démontré
que l’expression de l’agressivité et la violence
exprimée jouent un rôle protecteur vis-à-vis des
cancers alors que la violence subie en favoriserait l’apparition,
de même que la répression de la capacité d’exprimer
son hostilité. Le rire, thérapeutique anti-stress, facteur
de libération, d’expulsion et d’expression de l’agressivité
peut ainsi assurer un rôle bénéfique.
Enfin, à propos des maladies de la mémoire, préoccupation
majeure de nos contemporains, il est clair à mes yeux que le
rire constitue un excellent “sport cérébral”,
par les capacités de stimulation cognitive qu’il met en
jeu et par ses actions physiologiques sur la production des neuromédiateurs."
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