Rire et Education

Rire sérieux

Il est de tradition d'associer la plaisanterie, l'humour, le jeu et le rire aux domaines du divertissement. Plaisirs à savourer tout particulièrement après un labeur, une obligation ou un problème résolu. Nous avons été éduqués ainsi: «Tu joueras quand tu auras fini tes devoirs!». Les activités ludiques et hilarantes se méritent, récompensant au final les efforts de concentration et la rigueur dans la besogne.

Dès notre plus jeune âge, l'enseignant nous a clairement indiqué la frontière entre discipline d'abord et divertissement après, ailleurs "on n'est pas là pour s'amuser!". En revanche, lorsqu'il s'agissait de nous convaincre ou nous appâter: "vous verrez, vous allez bien vous amuser!".

Ainsi, le ludique de préférence hilarant, constitue à la fois un puissant pouvoir d'attraction sur les enfants et un outil efficace d'apprentissage et de persuasion à disposition de l'éducateur. Si ces vertus sont unanimement reconnues par l'adulte et l'enfant, demandons-nous pourquoi avec l'âge et les responsabilités, le jeu et le rire se raréfient dans le système éducatif, de même qu’ils interviennent toujours moins au milieu de l'activité astreignante? Cas extrême, le milieu académique: combien de professeurs ont-ils le sens de l’humour ou utilisent des objets-jouets à titre didactique?

Peut-être que ce mode d'interaction fort agréable implique une expansion d'énergie corporelle et émotionnelle qui dans notre culture se marie difficilement avec la connaissance rationnelle. Quand le rire se déchaîne qui peut se faire entendre? Si le corps s'active dans le jeu, est-ce que l'intelligence travaille? Etre concentré et en même temps dans un certain état de détente, semble incompatible. La communication structurée est compromise car elle s'opère le plus souvent par le visuel et l'immobilité du corps.

Les compétences relationnelles qu’on nous a transmises ne comprennent pas l’aspect zygomatique. «Tu aideras ton prochain»,oui! «Tu le feras rire», non! On ne nous a pas appris à retransmettre notre savoir en combinant sagesse, hilarité et informations rationnelles. Les limites sont floues et intimidantes. Ne pas pouvoir "tenir les enfants", perdre sa crédibilité ou se faire égratigner son autorité deviennent la hantise de certains enseignants ou parents.

 

Cadrer le mode comique pour se rassurer


Il existe cependant des attitudes très simples pour s'initier en toute quiétude à la Communication Plaisir appliquée à l'apprentissage. Voici un garde-fou (folle) que certain(e)s d'entre vous pratiquent déjà de façon naturelle:

1. Ouvrir le mode de communication comique
Avec les mots, annoncer la couleur:
« Qu’est-ce que tu penses si on s’amusait avec … ? »
« J’ai une idée! Cela va être drôle ... »
« J’en connais une bien bonne ...»
« Je m'arrête un instant pour ... »
Le but est d'être clair dans ses intentions, de ritualiser le début d'un mode particulier d'échange.

2. Libérer le comique et lâcher prise de son rôle habituel
L'idée maîtresse n'est pas de faire rire ou amuser mais de partager ensemble rire et jeu avec complicité, tout en diffusant un message rationnel. C'est plutôt un dialogue entre l'enfant et celui qui est en vous. Délirez un maximum! C'est aussi votre moment.

3. Fermer le mode de communication comique
Après le divertissement éducatif, revenir dans le rôle traditionnel avec une phrase appuyée par un ton d'adulte:
« Bien! C’était sympa … maintenant on va faire autre chose. »
« Déjà 15 heures! Assez ri, Le temps passe … »
« Parfait, on continuera la prochaine fois. »

4. Tenir bon, calmement
"Non, c'est terminé pour aujourd'hui, j'aimerais continuer avec ce qu'on faisait avant."

Autant des rires partagés unissent les êtres d’une façon extraordinaire, autant les débordements, les insistances répétitives et les rires moqueurs peuvent nous décourager de renouveler cette expérience. Aussi, pour s'aventurer progressivement, il est tout aussi important d'ouvrir que de fermer ce mode avec un langage clair. Avec la pratique, un simple clin d'oeil pourra suffire à cadrer.


En théorie, ces 4 étapes sont d'une simplicité enfantine. Dans les faits, la difficulté est de bien marquer les deux attitudes: l'adulte affirmé et l'enfant joueur qui est en nous. Le potentiel d'assimilation de connaissances est énorme, il faut juste oser. Il convient aussi de ne rester dans l'étape 2 du comique que si vous y éprouvez un authentique plaisir. En effet, laisser sortir son clown intérieur, c'est montrer ses faiblesses, feinter sa naïveté en toute innocence, confiance et détente. Donc pas grand chose à voir avec les gros rires pour s'étourdir ou cacher un malaise. L'enfant saura faire la différence.

A vous de jouer, sachant que les obstacles sont nombreux:

"Le sujet ne s'y prête pas.", "que va-t-il penser de moi?", "et si cela faisait l'effet contraire?"

... et que l'encouragement est unique et précieux : "s'il y a une chance d'avoir un rire en présentant une nouvelle connaissance, osons!".