Rire et vieillesse
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Rire en maison de retraite Le 4ème rire Si l'espoir de réinsérer la vie sociale nourrit les malades des hôpitaux, il n'existe pas pour les résidants des maisons de retraite et foyers pour personnes âgées (en Suisse, le terme couramment employé pour désigner ces établissements est EMS, Etablissements Médico-Sociaux). Quand on y rentre, c’est pour y finir ses jours dans les meilleures conditions souhaitables. Dans ce contexte, le rire y est reconnu par le personnel comme premier facteur égayant l'atmosphère, favorisant la communication, stimulant l’organisme et ainsi prolongeant la longévité. Il peut être déclenché par un comique professionnel dont les apparitions dépendent du budget, ou par le personnel qui aura suivi une formation continue de clown relationnel, ou plus simplement par un employé excentrique souvent considéré comme le Rigolo de la maison. Qui, malheureusement, est souvent sujet à moquerie malgré qu'il apporte de la bonne humeur. Prudence cependant, avec une personne du quatrième âge, les thèmes à plaisanterie et la manière de les exprimer doivent ménager la sensibilité d’une autre génération. Même si ces résidants souffrent de troubles de dégénérescence, ce sont souvent des gens fiers que l'on doit, par exemple, éviter de systématiquement tutoyer. Les interactions informelles et humoristiques sont à mener avec tact et délicatesse. Néanmoins, chez la grande majorité des anciens, le nez rouge du clown fait plaisir en amenant une bonne humeur salutaire. Qu’ils soient grabataires, semi-conscients, qu’ils ne s’expriment plus que par quelques mimiques ou par une main tremblante qui se décolle à grande peine du drap, le personnage grimé focalise tous les restes de conscience, casse la boucle de cogitation et fait vibrer d'hilarité les corps dans leurs lits. Certains pensionnaires définitivement couchés, dans un état de faiblesse avancée, vont jusqu’à brûler l’énergie de toute une journée pour garder leurs yeux allumés afin de suivre ce personnage flambant de couleurs qui tombe droit du ciel. Et l’effort est récompensé: ces silhouettes usées se surprennent à souffler par saccades un vent fragile: le 4ème rire. Dans les faits, il existe un grand nombre de façons pour faire rire. Cependant, dans les maisons de retraite, le clown relationnel a été la première méthode « structurée » à disposition du personnel par le biais de cours de formation continue. En Suisse, cette démarche ludique a été initiée par le belge Christian Moffarts en 1999 dans les établissements du Valais (projet August). Le clown dégage charme, dérision et poésie. Il apporte l'extraordinaire par les couleurs, rêves, métaphores, costumes et accessoires fantaisistes. En contrepartie, il investit une grande quantité d’énergie dans la relation. Il est donc difficilement disponible sur commande et génère des coûts (costume, maquillage, préparation).
Le projet le 4ème Rire menée dans l'association Karaclown depuis 2004 a permis de mettre au point une formation continue pour le personnel des maisons de retraite. Après 15 jours de formation dissipée sur 6 mois, une équipe d'environ 10 personnes devient autonome pour apporter la bonne humeur dans les activités courantes: soins, animation, communication ... . Tous les styles sont abordés: clown, humour, ludisme, contact physique, jeux de société ... Cette formation innovante part du principe que dans tous les établissements, réside un noyau de personnes joyeuses parmi le personnel, et qu'une formation adéquate permet à ceux-ci d'intégrer dans leur temps de travail, des activités hilarantes avec les pensionnaires. Un groupe de joyeux lurons a davantage de chance de survivre au stress ambiant, restructurations et charges professionnelles qu'un ou deux employés formés au clown. Ainsi, aujourd'hui, le personnel des maisons de retraite du canton de Genève bénéficie de 3 filières de formation:
L'animation en institut est un domaine à part entière pour agrémenter le quotidien des personnes à handicap psychique ou physique. Dans les écoles sociales, elle acquiert lentement ses lettres de noblesse passant après les priorités du confort physique des pensionnaires. En outre, le groupe Animation des maisons de retraite bénéficie rarement de structures, d'effectifs et de budgets comparables aux autres services tels que l'administration, l'hôtellerie et les soins. Les animatrices et animateurs se voient donc confrontés à des tâches complexes, notamment:
On comprend aisément que les soins du corps aient longtemps prévalu sur l'animation en termes d'argent et de priorité. Il s’agit d’un réflexe culturel et millénaire qui se retrouve dans tous les domaines de la santé. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que les méthodes pour améliorer le relationnel en institut gagnent du terrain: communication non-violente, écoute active, analyse transactionnelle et PNL. Et cela fait à peine 5 ans que la notion de plaisir prend de l’importance dans la relation : clown relationnel, rire et humour dans la communication, plaisir ludique... Le
service Animation s’inscrit donc dans cet élan qui développe
le mieux-être psychique du résidant par une activité
difficile à quantifier. Quant à acquérir effectivement
ses lettres de noblesse, les obstacles sont nombreux car nous sommes
en plein dans le relationnel informel. En effet, dans une société
qui mesure tout en terme de performances et de résultats, comment
évaluer l’impact d’une animation? L’effet de
1 franc investi dans la bonne humeur? Ils ont souri, ri, on leur a changé
les idées? Et quel est précisément le cahier des
charges d’un(e) animateur(trice)? Faire rire, mettre de la bonne
humeur, occuper, rassembler, balader? Peut-être est-ce un peu
de tout: «mettre une âme» selon la définition
littéraire d’animer.
La subtile différence entre communiquer et animer Communiquer, c’est échanger des informations signifiantes. Il y a communication lorsqu’on émet ou reçoit des messages et lorsqu’on donne une signification aux signaux d’une autre personne (selon De Vito "Les fondements de la communication humaine"). Exemple: un échange de regards ou le fait de toucher le bras d’un résidant est déjà une forme de communication, si l’on estime que notre action a produit une réaction. Animer, c’est en quelque sorte échanger des informations qui sortent du cadre fonctionnel. Le cadre fonctionnel est constitué en maison de retraite par les activités qui permettent aux résidants de vivre dans les meilleures conditions physiques. Dans certains cas, la différence est subtile: parler de la pluie et du beau temps avec un résidant alors que la température est confortable, est une animation. Par contre, parler de la chaleur qu’il fait dans sa chambre parce qu’on a noté qu’il y fait trop chaud, relève de la communication fonctionnelle. C’est en effet la tâche du personnel d’assurer le confort climatique de sa chambre. A l’extrême, retirez l’animation d’une maison de retraite et elle continuera à tourner. L’animation n’est pas un rouage nécessaire à l’entretien des corps, mais une plus-value indispensable si l’on désire y développer la vie et humaniser les relations. Là, nous retrouvons sa définition originelle: « Animer, c’est donner une âme ».
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